« Amiens reléguée au rang de sous-académie » par M. Alain Morvan, Ancien recteur de l’académie d’Amiens (1995-2002).

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La fusion de nos régions Picardie et Nord-Pas de Calais dans le cadre de la réforme territoriale semble se faire sans susciter les débats et  les réflexions qui auraient pourtant été nécessaires, au regard des enjeux concernant la dynamique et l’équilibre des territoires.

Certains ont tenté d’initier une réflexion de fond (je pense, par exemple, à l’initiative Demain la Picardie  @DemainPicardie). En attendant la publication du livre du Think Tank Axe Culture (@AxeCulture) en septembre prochain, il faut reconnaitre qu’au-delà de quelques cercles restreints, les débats et les éventuelles propositions qui auraient pu en découler, n’ont pas eu lieu. Il ne m’a d’ailleurs pas semblé que les instigateurs de cette réforme le souhaitent.

Les enjeux me semblent pourtant majeurs et ne concernent pas que les élus et les fonctionnaires directement concernés dans leur affectation. Les conséquences, plus ou moins indirectes, de cette réforme sont soit sous-estimées soit ignorées.

Dans ce silence assourdissant, j’ai pu entendre, via Twitter, la voix d’Alain Morvan, Ancien recteur de l’académie d’Amiens de 1995 à 2002.  Son point de vue, forgé par une expérience de 7 années à la tête de cette académie d’Amiens, me semblait intéressant à entendre. C’est pourquoi, je lui ai proposé de rédiger quelques lignes et de les relayer ici. Je vous invite à le suivre et éventuellement échanger avec lui sur Twitter (@ajfmorvan). Voici, ci-après, le texte qu’il a accepté de partager. Je tiens ici à le remercier.

Maxime Gignon

Amiens reléguée au rang de sous-académie

 

         Certes, le pire a été évité, et l’académie d’Amiens subsiste. Mais à quel prix ? Son intégration au sein d’une « région académique » dont le chef-lieu sera Lille n’est pas une bonne mesure pour la Picardie.

Cette intégration sera vécue par les Picards, dont on connaît la susceptibilité d’ailleurs souvent légitime, comme une annexion de fait, ou pire, comme un asservissement à la métropole lilloise. L’histoire et le bon sens montrent que l’on ne gagne rien à humilier les Picards.

Elle fait fi de cinquante ans d’histoire. Créée (ou recréée) par le général de Gaulle et confiée à un premier recteur visionnaire, Robert Mallet, l’académie d’Amiens a su, au fil des décennies, se forger une cohérence. Sa très grande spécificité (historique, économique, sociologique et culturelle) la rend irréductible aux problématiques éducatives nécessairement plus floues d’une grande région académique dont on a quelque peine à imaginer quel sera le projet. Longtemps handicapé par des performances scolaires médiocres, l’ensemble homogène Aisne-Oise-Somme, qui avait su trouver les chemins du redressement, n’aura rien à gagner se voir raccrocher à une région – le Nord-Pas-de-Calais – aux traditions bien différentes et qui connaît de lourdes difficultés. La perte d’identité ne peut se traduire par un regain d’efficacité.

On n’a pas évalué – et c’est là une bien coupable légèreté – l’impact que la relégation d’Amiens au rang d’académie de seconde zone aura sur l’enseignement supérieur. Je pense en particulier à l’Université de Picardie-Jules Verne. Je suis bien placé, moi qui eus l’honneur d’en être le recteur-chancelier durant près de 7 ans, pour savoir que l’une de ses principales difficultés réside dans l’existence de forces centrifuges qui s’exercent au profit d’universités concurrentes et extérieures à la Picardie : attraction de Reims pour les étudiants axonnais, de Paris pour ceux du sud de l’Aisne ou de l’Oise, des universités de l’académie de Lille pour les jeunes issus du nord de la Picardie. Cette attraction multiple entraîne un risque permanent d’anémie pour l’UPJV. Il aurait fallu renforcer l’affichage de cet établissement en tant que pôle universitaire fort. Comment ne pas voir que la dilution de l’académie d’Amiens au sein d’un ensemble coiffé par Lille ne fera qu’exacerber les mouvements centrifuges et estomper l’image de l’université régionale ? Je suis prêt, hélas, à prendre des paris à ce sujet.

Mais que peuvent la réflexion, l’expérience, la connaissance du terrain face aux certitudes de ceux qui manipulent les régions de France comme autant de pièces de Lego ?

Alain Morvan

Ancien recteur de l’académie d’Amiens

(1995-2002)

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