Lettre à Michel Cymes ( @michelcymes ).

Cher Docteur Cymes,

Je me permets de vous écrire car j’ai été victime d’un malaise lorsque j’ai visionné cette vidéo. 

Tout d’abord je tiens à vous témoigner mon respect pour la mission de « santé publique » que vous menez. Au travers de votre émission, vous diffusez, avec panache et humour, des informations de santé de qualité avec l’effort de les rendre accessibles au plus grand nombre. C’est peut être d’ailleurs une des étiologies de mon malaise. Une erreur de casting.

« Altération majeure des fonctions cognitives supérieures ». Sujet de santé publique s’il en est : forte prévalence, pas de traitement, pas de recherche, et l’indifférence la plus complète des pouvoirs publics. A voir ce court métrage, la mal est profond, grave, incurable.

L’Organisation Mondiale de la Santé, des spécialistes de Santé publique, des chercheurs, des soignants s’intéressent depuis maintenant de nombreuse années aux « compétences en matière de santé » (health literacy). De faibles compétences en matières de santé expliquent une part notable du faible accès aux soins préventifs, curatifs ou palliatifs. Elles expliquent également une part des inégalités sociales de santé, des refus de soins, des ré-hospitalisations, des mésusages médicamenteux, de la non-adhésion des patients aux « prescriptions » médicales. Si nous nous intéressons à ces compétences, ce n’est pas uniquement pour les décrire mais pour repérer leurs faiblesses et ainsi pouvoir adapter les pratiques de soins.

Le ton humoristique de cette vidéo ne m’a pas échappé mais je rejoins Desproges : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » D’actualité, n’est-ce pas? Je vois votre vidéo se propager sur la toile, accompagnée de commentaires hilares ou cyniques, de confrères plus ou moins jeunes approuvant ce qu’ils retiennent du message : »Qu’est ce qu’ils sont « cons » ces patients ! » C’est vrai après tout. On leurs dit de prendre ce médicament et ils ne le prennent pas. On leurs explique qu’il faut se faire opérer et ils refusent. Ils nous font perdre du temps à nous, médecins, puits de sciences et de connaissances, et ne nous écoutent même pas… L’idée que l’information du patient, l’éducation thérapeutique, l’éducation à la santé, la communication et une touche de recul quant à nos pratiques soignantes, puissent améliorer ces situations ne semble pas effleurer leurs esprits. Les « cons », c’est toujours les autres.

Sans vouloir dramatiser, mon cher confrère, vous êtes un « modèle » pour bon nombre d’étudiants en santé et je ne doute pas qu’ils sauront percevoir le message avec intelligence. Sous couvert d’humour, les messages véhiculés peuvent avoir des effets délétères que ce soit voulu ou non par leurs auteurs.

Or éduquer est une pratique de soins qui nous impose l’empathie, le respect. Il n’y a pas d’éducation possible là où il y a mépris ou condescendance. Pour soigner, nous devons nous « mettre à la portée » du patient, pour l’écouter et comprendre ce qu’il comprend afin de pouvoir adapter au mieux les messages dont il a besoin pour prendre les décisions concernant sa santé. Plus de 10 ans après la loi du 4 mars 2002, il semble encore nécessaire de le rappeler : nous, médecins, nous sommes là pour informer, conseiller le patient de notre mieux afin que lui, et lui seul, prenne la décision qui lui semble la plus appropriée pour sa santé. A nous d’être à la hauteur de l’enjeu. Or je crains que ce ne soit pas en véhiculant une image du médecin, savant, qui « diagnostique » au patient, ignorant, une « altération majeure des fonctions cognitives supérieures » que nous en prenons le chemin. Si mon médecin me prend pour un con, vais-je oser lui confier les questions qui me minent ?La santé est un enjeu individuel et collectif qui mérite probablement mieux que cela.

Je vous souhaite de poursuivre encore longtemps votre émission de qualité afin de diffuser des informations de santé accessibles au plus grand nombre.

Dr. Maxime Gignon.

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