Shoot, ne dites rien… si c’est pour dire n’importe quoi.

Voilà des semaines que le débat autour du « mariage pour tous » nous donne l’occasion de prendre la mesure de l’intelligence de bon nombre de nos politiques. Je ne critique pas ici les convictions. Chacun a le droit d’être pour ou contre, là n’est pas la question, mais les arguments développés en disent souvent long sur la mécanique intellectuelle de nos politiques. Or, il faut bien le dire, la mécanique est parfois rudimentaire. Je vous avoue que j’espérais, comme beaucoup, la fin de ce débat de peur de ne plus jamais avoir la motivation nécessaire pour aller mettre un bulletin dans une urne.

Et bim ! Voilà que le débat sur les salles de consommation de drogue est relancé par l’annonce de l’ouverture d’une première salle à Paris afin de mener une expérimentation. Il n’aura pas fallu bien longtemps pour voir de « grands intellectuels de notre temps » , de « grands experts » nous livrer leur avis. Il faut dire que si les nouvelles technologies nous ont donné l’occasion d’accéder largement à la connaissance, elles nous donnent également l’occasion de connaitre « en live » les brèves de comptoir les plus médiocres.

Alors? Que peut-on dire des salles de consommation de drogues ? Le sujet fait débat au sein des politiques, évidement, mais également au sein des professionnels de santé. Ceci dit, permettez-moi au passage de souligner ici que l’avis d’un chirurgien (par ex.) sur ces salles, sera certainement aussi inintéressant que celui de Mme Michu, car, bien que « professionnel de santé », il n’a aucune expertise sur ce sujet.

Pour réfléchir sur les salles de consommation de drogues, il faut quelques pré-requis. Tout d’abord, l’addiction est est un maladie, un besoin répété, irrépressible en dépit de la motivation et des efforts que peut déployer le patient. C’est pourquoi, j’aimerai aborder cette question que du point de vue du médecin, spécialiste en santé des populations. Malheureusement c’est impossible. La consommation de drogue est condamnable socialement et pénalement, ce qui  immanquablement complique le débat. Imaginez un instant que fumer du tabac soit condamnable pénalement ! Quelle image aurions-nous des patients qui développeraient un cancer du poumon, un infarctus du myocarde suite à la consommation de tabac… Je ne parle pas de l’alcool. En tant que médecin, la problématique est la même. Un patient dépendant est avant tout une personne malade quelle que soit la substance à laquelle il est dépendant, qu’elle soit légale ou non. Or tous ces patients ont le droit d’être soignés qu’ils soient de « vilains » héroïnomanes ou de « sympathiques » alcooliques « bien français, ma foi ». Je ne parle pas ici du « vilain » marginal aviné du matin au soir mais de votre « sympathique » voisin ou de vous-même peut-être qui avait pris l’habitude de boire 1 verre de vin (ou 2) à chaque repas et un apéro bien dosé chaque soir après une journée de travail harassante… Toute addiction est une maladie, toute maladie doit pouvoir être soignée. L’accès à des soins de qualité est même un droit inscrit dans le Code de Santé Publique, reposant d’ailleurs sur l’alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946 ! Aucune discrimination ne doit, d’ailleurs porter atteinte à l’accès aux soins. Or il est bien compliqué d’aller consulter un médecin quand on est un hors-la-loi, un hors-la-société.

Revenons au concept de ces salles. Contrairement à ce que M. Toutlemonde (et l’Académie de Médecine!?) peut dire il ne s’agit pas d’organiser ou de faciliter la consommation de stupéfiants mais d’en limiter les risques. Cette maladie, l’addiction, comporte des risques associés : risque de surdosage, de transmission de maladies infectieuses (hépatites, VIH), etc. Ces risques sont sources de complications chroniques qui enferment le patient dans une spirale funeste et qui ne manquent pas d’impacter le système de santé. L’approche développée par les soignants (non, ce n’est pas une invention du gouvernement actuel…) est celle de la réduction des risques. C’est une approche pragmatique qui vise à  dire : on constate une pratique que l’on est pas en mesure d’éradiquer, on va donc tout mettre en œuvre pour les conséquences pour la santé soient les plus minimes possibles.

Pour tenter de faire un parallèle, on peut tenter de prendre la question de la sécurité routière. La circulation automobile a tué des milliers de personnes chaque année et est la source de nombreux handicaps. Plutôt que de dire : « Au nom de la protection de la santé, on va interdire la circulation automobile ! », on a développé les mesures de sécurité afin de sécuriser au maximum cette pratique. La démarche est la même pour la consommation de stupéfiants. La répression et la prévention doivent être poursuivies mais elles ont toutes deux leurs limites. Une politique de réduction des risques est complémentaire et visent donc à réduire les risques associés à une pratiques. De plus, dans le cas des addictions à des substance illicites, c’est également l’occasion de réinsérer ces patients souvent marginalisés dans le système de santé. Une occasion trop rare pour la laisser passer.

Politiquement je ne sais pas s’il faut faire ces salles mais j’aimerais que le débat s’élève un peu notamment lorsqu’il est alimenté par des confrères médecins qui ont délaissé leurs patients pour la politique.  Ce n’est pas parce que des salles existeront que les trafics et l’économie souterraine vont se développer, ce n’est pas parce que des salles existeront que le nombre de toxicomanes augmentera, ce n’est pas parce que des salles existeront que l’insécurité augmentera, pour cela il y a les politiques répressives qui doivent être menées probablement plus efficacement qu’elles ne l’ont été. Il y a également les politiques de prévention  qui doivent être poursuivies afin d’éviter l’entrée dans la toxicomanie.

Ce que je sais c’est que ces salles sont un moyen de réduire les risques liés à la consommation de stupéfiants et sont donc un levier pour les soignants pour prendre en charge les personnes souffrant d’addictions.

La France, malheureusement, n’est que trop rarement pilote, novateur, en matière de santé publique. Nous avons donc la chance de pouvoir regarder les expériences d’autres pays dans ce domaine. Pour ceux qui voudront se documenter plus en profondeur sur ce sujet passionnant sur le plan sanitaire mais délicat sur le plan social et politique, je vous recommande l’expertise collective de l’INSERM. Pour les plus pressés, le communiqué de presse jette quelques bases.

En tout état de cause, j’en implore aux politiques: la santé est un bien individuel et collectif trop précieux pour vous laissiez aller à la médiocrité et aux joutes purement politiciennes. Cette question est complexe et nécessite une approche sanitaire, sociale, et pénale cohérente.  Elle ne peut se satisfaire d’une approche simpliste au risque d’être populiste. Cette journée nous en a déjà donné de tristes exemples. Comptez sur moi pour contrer tous vos raccourcis qui ne respecteront pas la complexité de cette question.

A très bientôt et d’ici-là prenez soin de vous et portez-vous bien !

Maxime GIGNON.

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